Disparition du Poète Juan Gelman le 14 janvier 2014

 

DECES DU POETE JUAN GELMAN

Le poète argentin Juan Gelmán est mort à Mexico ce mardi 14 janvier 2014. Âgé de 83 ans, lauréat du prix Cervantes en 2007, il était connu pour son engagement contre les dictatures d’Amérique latine. En Argentine, la présidente Cristina Kirchner a décrété trois jours de deuil national. Gelmán est décédé au Mexique où il vivait depuis 1988 avec son épouse.

Le poète est né en 1930 à Buenos Aires. Ce fils d’immigrants juifs ukrainiens, malgré les privations matérielles, a pu étant jeune s’épanouir dans la lecture : il a dévoré les classiques de la littérature espagnole –Garcilaso, Quevedo, Gongora, Lope de Vega– et découvert le russe Alexandre Pouchkine.  Il apprend à lire à 3 ans et écrit ses premiers poèmes d’amour à huit ans ; il sera publié pour la première fois à onze ans (1941) par la revue Rojo y Negro.

À quinze ans il adhère à la Federación Juvenil Comunista (Fédération des Jeunes Communistes). En 1948 il entreprend des études de chimie à l’Université de Buenos Aires mais les abandonne rapidement pour se consacrer pleinement à la poésie.

En 1966, il devient journaliste. Il sera rédacteur en chef de la revue Panorama (1969), secrétaire de rédaction et directeur du supplément culturel du quotidien La Opinión (1971-1973), secrétaire de rédaction de la revue Crisis (1973-1974) et rédacteur en chef du quotidien Noticias (1974). Un an plus tard, il intègre une organisation de lutte armée contre la dictature qui secoue l’Argentine.

En 1975 l’organisation des Montoneros l’envoie en mission de relations publiques afin de dénoncer internationalement les violations des Droits de l’homme en Argentine sous le régime d’Isabel Perón (1974-1976). Alors qu’il réalise cette mission, survient le coup d’état du 24 mars 1976, point de départ de la dictature militaire auto-dénommée Processus de Réorganisation Nationale (1976-1983), qui met en place un régime de terrorisme d’état à l’origine de la disparition de 30 000 personnes. Mise à part une courte incursion clandestine en Argentine en 1976, Gelmán reste en exil, résidant à Rome, Madrid, Managua, Paris, New York et Mexico et travaillant comme traducteur pour l’Unesco.

Les démarches effectuées par Juan Gelmán aboutissent à la publication en 1976 par le journal Le Monde de la première condamnation publique de la dictature argentine, signée par plusieurs chefs de gouvernements et hommes politiques européens parmi lesquels François Mitterrand et Olof Palme. En 1977 il adhère au tout nouveau Mouvement Péroniste Montonero, en dépit de sérieuses divergences avec sa direction et, en 1979, il le quitte en raison de sa structure militariste et autoritaire, et en désaccord avec les contacts de la direction du mouvement avec des représentants de la junte militaire au pouvoir. Gelmán, qui a exposé ses arguments dans un article publié par Le Monde en février 1979, sera accusé de trahison par le mouvement Montoneros. Son œuvre entière est marquée par son combat contre les dictatures d’Amérique latine. En 1997, il a obtenu le Prix national de Poésie en Argentine, le prix Juan Rulfo en 2000, Ibéro américain de Poésie Ramón López Velarde en 2004, Pablo Neruda et Reine Sophie de Poésie en 2005 et en 2007 le prix Cervantes. De sa production poétique, les œuvres les plus connues sont Violon et autres questionsEl juego en que andamosVelorio del soloGotánSefiní ou Cólera Buey, ainsi que Les poèmes de Sidney West.

Une vie marquée par un drame familial

Considéré comme l’un des auteurs de langue espagnole les plus importants, la vie de Juan Gelmán a été marquée par son exil et le drame, pendant la dictature militaire en Argentine (1976-1983), de l’assassinat de son fils Marcelo, 20 ans, et de la disparition de sa belle-fille, Maria Claudia Garcia, âgée à l’époque de 19 ans. Elle fut enlevée à Buenos Aires en 1976 et, alors enceinte, emmenée en Uruguay dans le cadre du plan Condor, un programme de répression des opposants à l’échelle internationale, mis en place par les dictatures latino-américaines de 1970 et 1990. Le bébé, une fille, fut donné illégalement à la famille d’un policier uruguayen.

Le 7 janvier 1990 les restes de son fils Marcelo sont identifiés ; on les a retrouvés dans une rivière à proximité de Buenos Aires, dans un bidon d’huile rempli de ciment. Il a été assassiné d’une balle dans la nuque. Cependant, Gelmán n’a jamais récupéré la dépouille de sa belle-fille. Mais son combat de quarante ans pour retrouver sa petite fille et ainsi obtenir justice dans ce cas emblématique de bébés volés a fini par porter ses fruits en 2000. Après avoir vérifié son identité, la jeune femme a décidé de reprendre le nom de ses véritables parents.

Juan Gelmán a écrit sur cette tragédie quatre poèmes qui ont été mis en musique par Juan Cedrón sous la forme d’une cantate interprétée par le Cuarteto Cedrón et Paco Ibáñez sous le titre Le chant du coq (1990). Ses poèmes s’inspirent d’auteurs classiques de la littérature espagnole comme Garcilaso, Quevedo, Gongora ou Lope de Vega. Salaires de l’impie et Les poèmes de Sidney West font partie de ses ouvrages les plus connu. Ses thèmes sont « el amor, la revolución, el otoño, la muerte, la infancia y la poesía » (l’amour, la révolution, l’automne, la mort, l’enfance et la poésie), a-t-il coutume de déclarer. La mémoire et la douleur sont aussi deux signes distinctifs de son écriture.

Marqué par la poésie conversationnelle, écrivant une poésie dominée par l’émotion, la mémoire et un concept particulier de l’obsession créatrice, il reste un des poètes majeurs du siècle par son travail sur la langue et le signifiant ou sa capacité au renouvellement constant. L’intertextualité — et au sens large la transtextualité — est une des caractéristiques de son œuvre multiforme. Il écrit une poésie profondément humaniste et généreuse et a recours à divers hétéronymes : José Galván, Julio Grecco, Sidney West, John Wendell, Dom Pero, Yamanokuchi Ando… En 1994 il publie tout un recueil, Dibaxu, en langue judéo-espagnole.

 

Olga Barry revue Espaces Latinos 16 janvier 2014

Nota XXII

 Juan Gelman



huesos que fuego a tanto amor han dado
exilados del sur sin casa o número
ahora desueñan tanto sueño roto
una ftiga les distrae el alma

por el dolor pasean como niños
bajo la lluvia ajena/ una mujer
habla en voz baja con sus pedacitos
como acunándoles no ser/ o nunca

se fueron del país o patria o punta
que recorría la cabeza como
dicha infeliz/ país de la memoria

donde nací/ morí/ tuve sustancia/
huesitos que junté para encender/
tierra que me enterraba para siempre

 

Date de dernière mise à jour : 22/03/2014

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